L’alimentation à la croisée de nombreux enjeux sociétaux

L'alimentation répond avant tout à un besoin fondamental. Elle constitue à ce titre un droit humain fondamental reconnu par l’ONU, des traités régionaux et de nombreuses constitutions nationales. L’alimentation contribue également directement à la qualité de vie, à la santé publique et à l’identité culturelle des peuples. Son rôle est aussi de premier ordre en termes de développement économique et de création d’emplois. Pour preuve : en Belgique, le secteur alimentaire est le secteur économique le plus pourvoyeur d’emplois et celui qui contribue le plus au PIB. La dépendance alimentaire des pays dicte par ailleurs les nouveaux enjeux géopolitiques.

Le système alimentaire industriel, largement dominant au niveau mondial et basé sur l'approvisionnement des marchés internationaux avec des aliments à faible coût financier, a globalement permis d'améliorer la sécurité alimentaire mondiale en un temps relativement court. Cependant, un nombre croissant d'études posent maintenant la question de la viabilité des modes de production et de consommation sur lesquels il s'appuie. En effet, les effets négatifs qu’il génère ne cessent de s’accroître et conduisent à des crises périodiques.

D'un point de vue environnemental, les ressources naturelles sont surexploitées (la FAO a, par exemple, estimé en 2010 que 53 % des stocks de poissons étaient exploités à leur maximum, 28 % surexploités et 3% épuisés). L’agriculture et la déforestation sont responsables d’environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre dues aux activités humaines. En détruisant les écosystèmes, l’agriculture et la pêche sont reconnues comme principaux facteurs de la perte de la biodiversité. La production alimentaire intervient aussi dans la pollution des sols et des eaux.

D'un point de vue social, famine et malnutrition sont le résultat d’inégalités d’accès à une alimentation de qualité aussi bien entre pays du Nord et du Sud qu’au sein même des pays occidentaux (les banques alimentaires aident de plus en plus de démunis). Le régime alimentaire moyen occidental pose question : le surpoids et l’obésité sont en constante évolution et ont une incidence indéniable sur la prévalence de nombreuses maladies (diabète, maladies cardio-vasculaires, certains cancers…). Le système alimentaire industriel a aussi généralisé l’exposition chronique des populations aux produits chimiques de synthèse.

D'un point de vue économique, on assiste à un déclin constant de l’emploi agricole. Le prix de vente de certains produits agricoles comme le lait ne permet plus de rémunérer correctement les agriculteurs qui s’endettent de plus en plus. La spéculation financière sur les marchés internationaux provoque la volatilité du prix des produits alimentaires qui n’arrange rien…

 

Afin de répondre à ces enjeux et de corriger les dérives actuelles, il importe d'engager une transition vers un système alimentaire plus durable.

Vision

Qu’entend-on par « alimentation durable » ou, pour être plus précis et tenir compte de l’ensemble des processus impliqués, par « système alimentaire durable » ? Quels sont les objectifs auxquels nous voulons mener notre système alimentaire pour l’inscrire dans une perspective de développement durable ?

Au niveau de la Wallonie, un large processus participatif a été mené en 2017-2018 afin de répondre à ces questions. Porté par le Secrétariat général du Service Public de Wallonie et impliquant des représentants de l’ensemble des parties prenantes (fédérations professionnelles, associations expertes dans les différentes dimensions de l’alimentation, pouvoirs publics régionaux et locaux, acteurs de l’action sociale, de l’éducation et de la formation, du développement territorial, syndicats, etc.), il a abouti à une vision commune et partagée, matérialisée par le Référentiel « Vers un système alimentaire durable en Wallonie ». Celui-ci se structure en 8 principes généraux et 6 objectifs stratégiques, qui sont à leur tour déclinés en objectifs opérationnels et en leviers d’action.

  1. L’exception et la priorité alimentaire
  2. La multiplicité des valeurs liées à l’alimentation
  3. L’approche systémique
  4. L’amélioration continue
  5. La diversité
  6. La collaboration
  7. L’équité sociale
  8. La résilience
  1. Garantir la disponibilité et l’accès de tous à une alimentation relevant d’un système alimentaire durable
  2. Contribuer à la bonne santé et au bien-être des citoyens
  3. Générer de la prospérité socio-économique
  4. Préserver l’environnement
  5. Offrir un niveau de connaissances et de compétences élevé en matière de système alimentaire durable
  6. Mettre en œuvre des mécanismes de gouvernance responsables et efficaces

La vision portée par le référentiel définit l’alimentation durable pour la Wallonie comme le précise le décret du 3 avril 2019 : « Un système alimentaire durable et un système qui rencontre l’ensemble des objectifs du référentiel tout en respectant ses principes généraux ».

Cette vision doit guider notre transition vers un système plus durable. Pour générer une véritable mobilisation collective, chaque acteur, qu’il soit public ou privé, est invité à se l’approprier et à situer son action dans l’atteinte de ses objectifs.

Un système alimentaire inclut « tous les processus impliqués dans l’alimentation d’une population, ce qui comprend les intrants nécessaires, ainsi que les produits et services générés à chaque étape de la chaîne de valeur. Les systèmes alimentaires opèrent dans un contexte social, politique, économique et environnemental donné, qui les influencent en retour » (Goodman, 1997).

Au sein d’un système alimentaire, les acteurs sont nombreux et diversifiés. Au niveau de la « chaîne de valeur alimentaire » à proprement parler, on distingue généralement les « maillons » suivants : ceux qui produisent la matière première (Producteurs), ceux qui la transforment (Transformateurs), ceux qui distribuent et commercialisent les produits (Distributeurs), ceux qui les préparent (Restaurateurs) et, au terme du processus, ceux qui les consomment (Consommateurs). Les frontières entre maillons ne sont toutefois pas toujours bien nettes et, dans les faits, il arrive fréquemment qu’un même acteur endosse plusieurs rôles. D’autres acteurs gravitent également autour de cette chaîne de valeur et l’influencent : les pouvoirs publics, le monde associatif, les acteurs de la recherche et de la formation, etc.

Progresser vers un système alimentaire durable nécessite d'impliquer l’ensemble de ces acteurs qui détiennent chacun d'importants leviers d'action.

Au niveau international, deux définitions d'un système alimentaire durable font référence.

Définition du Sustainable Food Laboratory :

« Un système alimentaire durable garantit le droit à l’alimentation, respecte le principe de la souveraineté alimentaire, permet à tous, partout dans le monde, de disposer d’une alimentation saine et suffisante à un prix accessible, et veille à ce que le prix final d’un produit reflète non seulement l’ensemble des coûts de production, mais qu’il internalise aussi tous les coûts externes sociaux et environnementaux. Il utilise les matières premières et les ressources (en ce compris le travail et les ressources naturelles telles que les sols, l’eau et la biodiversité) “at their rate of recovery” et respecte les différentes facettes de la culture alimentaire. Tous les acteurs de la chaîne alimentaire et les autorités doivent contribuer à réaliser un tel système alimentaire durable. » (Sustainable Food Laboratory).

Définition de la FAO :

« Les régimes alimentaires durables sont des régimes alimentaires ayant de faibles conséquences sur l'environnement, qui contribuent à la sécurité alimentaire et nutritionnelle ainsi qu'à une vie saine pour les générations présentes et futures. Les régimes alimentaires durables contribuent à protéger et à respecter la biodiversité et les écosystèmes, sont culturellement acceptables, économiquement équitables et accessibles, abordables, nutritionnellement sûrs et sains, et permettent d'optimiser les ressources naturelles et humaines. » (FAO, 2010).

Droit à l'alimentation :

Le droit à l'alimentation constitue, selon Olivier De Schutter (rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation de 2008 à 2014), « le droit d’avoir un accès régulier, permanent et non restrictif, soit directement ou au moyen d’achats financiers, à une alimentation quantitativement et qualitativement adéquate et suffisante correspondant aux traditions culturelles du peuple auquel le consommateur appartient, et qui lui procure une vie physique et mentale, individuelle et collective, épanouissante et exempte de peur ».

Souveraineté alimentaire :

Le concept de souveraineté alimentaire représente le droit des populations et des pays de définir leurs propres politiques alimentaires et agricoles. La souveraineté alimentaire inclut, selon le Mouvement paysan international Via Campesina  :

  • la priorité donnée à la production agricole locale pour nourrir la population, l’accès des paysan(ne)s et des sans-terres, à la terre, à l’eau, aux semences et au crédit ;
  • le droit des paysan(ne)s à produire des aliments et le droit des consommateurs à pouvoir décider ce qu’ils veulent consommer et par qui et comment l’aliment est produit ;
  • le droit des Etats à se protéger des importations agricoles et alimentaires à trop bas prix ;
  • des prix agricoles liés aux coûts de production ;
  • la participation des populations aux choix des politiques agricoles ;
  • la reconnaissance des droits des paysannes, qui jouent un rôle majeur dans la production agricole et l’alimentation.

Sécurité alimentaire :

La sécurité alimentaire constitue la possibilité physique, sociale et économique pour tous les êtres humains, de se procurer, à tout moment " une nourriture suffisante, saine/sûre et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins (nutritionnels) et préférences alimentaires pour mener une vie saine et active." (Comité de la Sécurité alimentaire mondiale). Elle comporte quatre dimensions ou "piliers" :

  • l'accès (capacité de produire sa propre alimentation et donc de disposer des moyens de le faire, ou capacité d'acheter sa nourriture et donc de disposer d'un pouvoir d'achat suffisant pour le faire) ;
  • la disponibilité (quantités suffisantes d'aliments, qu'ils proviennent de la production intérieure, de stocks, d'importations ou d'aides) ;
  • la qualité (des aliments et des régimes alimentaires des points de vue nutritionnel, sanitaire, mais aussi socio-culturels) ;
  • la stabilité (des capacités d'accès et donc des prix et du pouvoir d'achat, des disponibilités et de la qualité des aliments et des régimes alimentaires).

Stratégies et plans

Face aux limites du système alimentaire dominant, de multiples initiatives sont menées en Wallonie, par différents acteurs et à différentes échelles.

La volonté du Gouvernement wallon d’amplifier et de mieux coordonner ces initiatives se manifeste dans les documents stratégiques suivants :

Adoptée le 7 juillet 2016, la deuxième Stratégie wallonne de Développement durable (SWDD) vise, à travers son plan d’actions, à rendre nos modes de consommation et de production plus durables. Trois domaines d’actions prioritaires y sont identifiés pour « le rôle clé qu’ils peuvent jouer afin de rendre la Wallonie plus résiliente, y créer des emplois locaux, diminuer ses impacts négatifs sur l’environnement et générer une prospérité mieux partagée » : l’alimentation, l’énergie et les ressources.

Pour l’axe Alimentation, 30 actions sont identifiées. Elles se veulent complémentaires aux actions déjà reprises dans d’autres plans (par exemple, le Plan de développement rural ou le Plan stratégique de développement de l’agriculture biologique) et mettent un accent particulier sur le soutien aux produits alimentaires locaux.

A noter que la première action de cet axe Alimentation vise à « définir les principes et critères de l’alimentation durable pour la Wallonie », soit à établir un « Référentiel Alimentation durable » (cf. Vision ci-dessus).

Complémentairement à la deuxième Stratégie wallonne de Développement durable, le Gouvernement wallon a adopté une stratégie spécifique à la transition du système alimentaire le 30 novembre 2018. Celle-ci, dénommée Stratégie « Manger Demain », confère le statut de vision au référentiel « Vers un système alimentaire durable en Wallonie » (cf. Vision ci-dessus) et donne un cadre méthodologique visant à accélérer l’atteinte de ses objectifs.

Dix mesures sont identifiées dont : la mise en place d’un Collège wallon de l’alimentation durable, le développement d’un portail web et la diffusion d’une identité commune, ainsi que la tenue d’un baromètre de l’alimentation durable.

Cette Stratégie instaure également un cycle de progression comprenant : l’élaboration d’un plan d’actions relatif à une thématique prioritaire tous les 3 ans, la tenue d’assises de l’alimentation durable tous les 5 ans et l’adoption d’une nouvelle stratégie « Manger Demain » tous les 10 ans.

En adoptant la Stratégie « Manger Demain », le Gouvernement wallon a également choisi la thématique prioritaire de concentration des efforts pour les années 2019 à 2021, à savoir la restauration collective.

Ce choix s’appuie sur le constat qu’il s’agit d’un domaine qui :

  • présente un important potentiel d’accélération de la transition du système alimentaire, tant pour des raisons quantitatives, que de diffusion d’une culture de changements de comportement ;
  • touche aux multiples dimensions de l’alimentation durable ;
  • concerne tous les milieux de vie et toutes les catégories sociales de la population ;
  • fait l’objet de nombreuses actions qui gagneraient à être mieux coordonnées.

Un Plan d’actions spécifique lié à l’alimentation durable dans les cantines est ainsi annexé à la Stratégie. Il s’adresse aux cantines de tous les milieux de vie : crèches, écoles, hautes écoles, universités, centres de sport et de loisirs, hôpitaux, maisons de repos, résidences-services, entreprises, administrations, prisons, etc.

Parmi les actions de ce plan figurent notamment : le lancement d’un Green Deal et la mise sur pied d’un dispositif de labellisation des « Cantines durables » en Wallonie.

Grands axes de l'alimentation durable

Droit à l'alimentation
Alimentation de qualité
Prospérité socio-économique
Préservation de l'environnement

Documents

Référentiel "Vers un système alimentaire durable en Wallonie" - Version complète
Référentiel "Vers un système alimentaire durable en Wallonie" - Prospectus
2ème Stratégie wallonne de Développement durable
Stratégie "Manger Demain"
Plan d'actions "Cantines durables"

Service public de Wallonie

Direction du Développement durable

Natacha Zuinen - Responsable de la direction : 081/32 15 43 - natacha.zuinen@spw.wallonie.be

Gilles Bertrand - Attaché : 081/32 14 31 - gilles.bertrand@spw.wallonie.be

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