30.10.19

" Et si..."

Deux petits mots auxquels Rob Hopkins déclare son amour. Dans son dernier livre From what is to what if  paru ce 17 octobre 2019, l'intellectuel britannique et fondateur du mouvement des Villes en Transition s'interroge sur les liens entre l'imagination et la transition écologique.

Peu avant la publication de son ouvrage, nous avons eu le plaisir d'assister à l'une de ses conférences organisée à Louvain-la-Neuve à l'occasion du Festival Maintenant ! Retour sur ce rendez-vous inspirant.

L'imagination comme amorce du changement

Rob Hopkins en conférence

 

Le sourire aux lèvres et le regard malicieux, Rob Hopkins plonge, dès les premières secondes, son public dans le bain. "Nous allons réaliser un petit exercice d'imagination "... Ni une, ni deux, le voilà qui ôte l'une de ses chaussures pour l'exposer au regard d'un salle comble. Déjà quelques rires joyeux se font entendre et annoncent le ton de la soirée." Avec l'un de vos voisins que vous ne connaissez pas, essayez d'imaginer un maximum d'utilisations que nous pourrions faire de cette chaussure ".

Après un instant de réflexion, quelques idées fusent.

" Un pot de fleur ", lance une dame.

" Une cruche ", enchaine un autre.

" Un coince-livre ".

" Un cale-porte".

" Un nichoir pour les oiseaux ".

" On pourrait la vendre aux enchères pour une bonne œuvre ", crie encore quelqu'un.

Content, Rob rappelle que l'imagination donne vie, suscite l'émotion et le jeu.

Et selon lui, c'est précisément là où réside l'enjeu le plus important dans la lutte contre le changement climatique.

La crise climatique, une crise de l'imagination ?

Séduit par les propos des auteurs Naomi Klein et Bill McKibben, Rob Hopkins plaide pour l'hypothèse d'un échec de l'imagination humaine à la source du changement climatique.

" Jusqu'en 1990, l'imagination et le quotient intellectuel ont progressé de manière fulgurante avec des avancées technologiques jusqu'alors incroyables ", nous fait-il remarquer. " Or depuis, le quotient intellectuel augmente encore mais l'imagination s'appauvrit. Aujourd'hui, cette crise de l'imagination est une véritable catastrophe pour le progrès technologique, mais aussi pour l'industrie Hollywoodienne ou encore l'économie ".

Pourtant, le transitionneur en est convaincu, se raconter des histoires, s'inventer de nouveaux récits, c'est se créer un avenir extraordinaire. Mais quel récit nous racontons-nous actuellement ? Celui d'un effondrement inévitable et d'un futur terrible? Ces discours peuvent-il donner envie aux gens de se mobiliser ? Et faut-il culpabiliser ceux qui adoptent des comportements peu respectueux de l'environnement ?

Lorsqu'il s'adresse aux médias, Rob préfère parler de la transition et de la multitude d'initiatives positives qui existent. " Ce ne sont pas les graphiques qui aident ; les gens ne se sentent pas concernés, ils se mettent en retrait. Par contre, quand je raconte des histoires qui leur ressemblent, je les touche, je les sensibilise"

" Au final, l'imagination, c'est notre capacité à voir les choses autrement ". Le Britannique se questionne alors sur nos systèmes : à l'école, en entreprise, en démocratie,...sommes-nous invités à poser des regards différents sur le monde ?

Redonner au jeu une place centrale chez les enfants et chez les adultes

 

L'imagination mise à mal par l'évolution de la société

Vitale pour notre santé, notre imagination se trouve en perdition. Rob Hopkins y attribue plusieurs facteurs :

  • la place du jeu dans la société ;
  • le stress lié à nos modes de vie et de travail ;
  • l'érosion de notre attention, volée par les réseaux sociaux et autres plateformes en ligne ;
  • le rejet de l'ennui ;
  • et notre déconnexion à la nature.

" D'abord, nous explique-t-il, le jeu apprend aux enfants une chose essentielle: celle d'oser prendre des risques. Or aujourd'hui, certains jeux ne répondent plus qu'à des objectifs économiques ". Regardez, par exemple, Barbie. La célèbre poupée devient tellement " intelligente " qu'elle génère de véritables conversations pré-formatées avec les enfants. Imaginez-vous votre bambin en train d'écouter Barbie lui suggérer que le jeu serait encore plus chouette si elle possédait son cheval ou sa maison... Ce genre de jeux nuit à la liberté, ce qui, in fine, empêche la prise de risques et l'exploration. Alors que nous vivons une époque où prendre des risques s'avère fondamental, comment agiront les adultes de demain s'ils n'ont rien appris en ce sens ? 

Ensuite, il nous faut aborder la question de l'hippocampe. Non, pas l'animal marin, mais bien ce petit organe niché au cœur de notre cerveau et qui joue un rôle essentiel pour notre mémoire et notre imagination. " Nos modes de vie et les mesures d'austérité ont un effet dévastateur sur notre imagination ", affirme l'orateur. " En situation de stress, d'anxiété ou encore à la suite d'un traumatisme, nous sécrétons une hormone de stress, le cortisol. Notre hippocampe, très sensible au cortisol, peut alors s'atrophier jusqu'à 20 %. Ce phénomène nous rend ainsi incapables d'envisager l'avenir d'une manière positive et optimiste ".

L'ennui, terreau fertile de l'imagination

 

Un troisième élément vient encore altérer notre imagination : l'érosion de notre attention, en grande partie attribuée aux réseaux sociaux et autres plateformes en ligne. " L'attention et l'imagination sont connectées. Malheureusement, nous sommes constamment surmenés, avec une attention sans cesse captée par les avancées technologiques ", regrette Rob. Il nous invite à dire STOP, à nous poser et à cultiver l'ennui, car il s'agit d'un terreau fertile de rêveries, et donc d'imagination.

Enfin la nature participe aussi à l'épanouissement de notre énergie créatrice. La chute de la biodiversité et la disparition inquiétante d'un grand nombre d'espèces malmènent elles aussi notre capacité à trouver des sources d'inspiration et des solutions.

Et si...

De nature optimiste, l'homme en transition ne s'est pas contenté de chercher les causes du problème ; il expose aussi une série de solutions mises en place aux quatre coins du monde. Certaines décisions politiques concrètes y sont d'ailleurs épinglées :

  • la création d'un Ministère de l'imagination à Mexico City,
  • ou encore la mise en place de six bureaux de l'imagination civique par la municipalité de Bologne, en Italie, qui a conduit à 500 pactes entre la municipalité et les citoyens bénévoles.

Des petites victoires qui nous encouragent, tout comme Rob, à dire " et si..", deux simples mots, prémices d'interrogations imaginaires. Car en adoptant le réflexe de se dire " et si " plutôt que " oui, mais non ", " nous vivons quelque chose de génial, de constructif, de drôle. C'est un exercice magnifique qui permet de créer sur l'argument de l'autre. Et avec cela, on va plus loin ", conclut-il.

From what is to what if... un livre dont la traduction française paraitra aux éditions Actes Sud en avril 2020.

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