Textile professionnel : vers une commande publique plus circulaire

Textile professionnel : vers une commande publique plus circulaire

Textile professionnel : vers une commande publique plus circulaire

Face aux enjeux environnementaux et économiques, les pouvoirs adjudicateurs s’interrogent : quelles actions mettre en place pour rendre leurs achats textiles plus circulaires tout en garantissant la sécurité et la qualité ? Nous avons exploré avec des acheteurs publics les défis, les leviers et les solutions pour intégrer la circularité dans les vêtements de travail et équipements de protection. Découvrez les enseignements clés et les outils à votre disposition pour transformer vos pratiques d’achat.

Le 6 novembre 2025, nous organisions un webinaire, intitulé "Atelier entre pairs : Vêtements de travail & équipement de protection circulaires" en collaboration avec le Réseau de la commande publique responsable (SPW) dans le but d'accompagner les pouvoirs adjudicateurs à rendre leurs achats textiles plus circulaires. Voici les éléments qui en sont ressortis :

Acheter moins, mieux et utiliser plus longtemps

Un marché public circulaire est un processus par lequel les pouvoirs adjudicateurs obtiennent des biens ou services qui s'inscrivent dans des circuits fermés, visant à minimiser les incidences négatives sur l’environnement et la production de déchets tout au long de leur durée de vie. La stratégie circulaire se résume à trois impératifs : "Acheter moins, acheter mieux, utiliser plus longtemps". Cette approche met l'accent sur la conservation de la valeur des produits et matériaux. La phase cruciale pour réaliser les gains économiques et environnementaux les plus importants est l'étape initiale d'identification et de rationalisation du besoin. Nous vous en parlons plus en détails dans ce guide.

Entre sécurité, entretien et recyclage : un secteur aux défis multiples

Philippe Colignon, Consultant économie circulaire chez Centexbel (Centre de recherche et de compétences pour l’industrie textile belge) a éclairé les participants sur les spécificités du secteur. Il a ainsi insisté sur la distinction entre les vêtements de travail (pour éviter de se salir) et les équipements de Protection Individuelle (EPI) (destinés à protéger contre les risques), soulignant que la sécurité prime toujours, notamment pour les EPI soumis à des normes strictes.

Les acteurs clés du secteur textile en Belgique comprennent des fabricants de tissus (Utexbel, Concordia…), des concepteurs (Dutra, Sioen…), des importateurs/grossistes (dont la liste est longue), des blanchisseries industrielles (Mewa, Depairon, Mireille, Elis, …), et des acteurs de récupération et du recyclage (Terre, Vanheede, Veolia…). L’assemblage des vêtements est aujourd’hui une activité qui a lieu presque exclusivement à l’étranger. Les blanchisseries industrielles jouent un rôle essentiel dans la circularité en proposant un service complet de location, d'entretien efficace et de réparation des vêtements. Vous trouverez quelques exemples de fournisseurs circulaires textile dans notre catalogue.

Concernant la fin de vie des textiles professionnels, une étude récente de Centexbel a révélé un faible taux de collecte systématique. Quand ils sont récupérés, leur réutilisation est empêchée par la problématique des logos d’entreprise et leur recyclage est souvent rendu complexe par la composition de ces produits. L'incinération demeure donc aujourd’hui la voie la plus importante pour ces textiles. Malgré ces difficultés, des projets comme Dr. Green d'Utexbel, issu d'un projet Interreg, ont prouvé la faisabilité de boucler la boucle "du vêtement au vêtement" pour les uniformes hospitaliers, bien que cela nécessite une écoconception rigoureuse et un processus complexe (effilochage, ajout de matières vierges) pour maintenir la qualité après de nombreux lavages. Des solutions sont donc techniquement possibles mais doivent être encouragées par des pratiques d’achat qui encouragent l’écoconception, un entretien durable et la collecte des textiles professionnels.

Pratiques et contraintes des acheteurs publics

Les résultats d’un sondage mené auprès des participants au webinaire ont permis de mieux comprendre la consommation, les pratiques d'achat et les difficultés rencontrées par les pouvoirs adjudicateurs en matière d’achat de textiles professionnels.

Volume et fréquence d'achat :

La majorité des participants gère un volume de moins de 500 ensembles de vêtements. Bien qu'il existe quelques "gros" consommateurs (à plus de 5 000 tenues), le faible volume par organisation rend difficile pour les acheteurs d'acquérir une expertise technique ou de se montrer très exigeants envers les fournisseurs. Cependant, l'ensemble des organisations concernées représente un volume agrégé de consommation textile non négligeable.

Le coût moyen d'un ensemble complet est généralement estimé entre 100 et 500€. La majorité des répondants remplace leurs équipements fréquemment, généralement entre 1 et 3 ans. Ce remplacement est dû à l'usure, aux évolutions de personnel ou encore aux exigences du marché public.

Entretien et fin de vie  :

Concernant l'entretien, une forte représentation des organisations ont partagé opter pour le modèle de location de vêtements auprès de blanchisseries industrielles, un service qui couvre l'entretien et la réparation des vêtements. Pour la fin de vie, beaucoup d'organisations ne savent pas ce qu’il advient de leurs textiles ou n'en font pas le suivi. Beaucoup disent que les vêtements sont simplement jetés à la poubelle. Quelques-uns mentionnent une reprise par le fournisseur, mais sans savoir ce qu'il en est fait suite à cette reprise. Quelques participants ont noté cette dimension comme étant un point d’amélioration notable de leurs pratiques et ont souligné leur souhait d’en assurer un meilleur suivi.

Critères d'achat :

Le prix reste un critère de sélection déterminant. Le respect des normes est souvent utilisé comme critère minimum (spécifications techniques). Les autres critères d’attribution qui reviennent sont : l'organisation du service (logistique, délais), le confort (ergonomie, parfois évaluée par un jury), la composition des articles (avec la proportion de matières recyclées), et la qualité en général (évaluée notamment en cycles de lavage). Pour les services de blanchisserie, des critères concernant leur consommation en eau et en énergie ont aussi été évoqués.

Obstacles à l’achat durable et circulaire :

Les principaux obstacles à l'achat durable sont le prix d'acquisition plus élevéla difficulté d'organiser les flux logistiques (pour l’entretien ou la fin de vie), et le fait qu'il n'existe pas toujours de solutions "vertes" pour répondre à tous leurs besoins techniques. Le manque d'accès ou le manque d'information sur les acteurs durables a également été soulevé comme barrières. Une autre difficulté des acheteurs est leur incapacité à vérifier ou à contrôler la conformité des produits livrés aux spécifications techniques.

Leviers et outils pour agir

Quant aux leviers pour des achats plus circulaires, les participants ont mentionné :

  • La nécessité de travailler en réseau ou de faire appel à des centrales d'achat pour avoir davantage de poids et accroitre leur connaissance technique de cette catégorie produit ;
  • L’opportunité d'interpeller leurs fournisseurs sur leurs pratiques durables lors de la phase de prospection ;
  • Leur souhait d'assurer un meilleur suivi de la fin de vie de leurs achats et de mieux l'anticiper ;
  • La révision de leurs critères de qualité pour favoriser des produits plus durables, réparables ou reconditionnables, et d'explorer la piste des labels qualité.

Face à ces enjeux, plusieurs outils ont été développés pour aider à la rédaction de cahiers des charges durables et circulaires :

Vous souhaitez revoir ce webinaire ? Bonne nouvelle, il est disponible en replay sur notre chaîne YouTube !

Visionner le webinaire

 

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