À Ans, le blé dur bio trace une nouvelle route pour les pâtes locales

À Ans, le blé dur bio trace une nouvelle route pour les pâtes locales

À Ans, le blé dur bio trace une nouvelle route pour les pâtes locales

À première vue, c’est un pari presque improbable. Le blé dur, ingrédient incontournable des pâtes alimentaires, pousse historiquement sous le soleil du bassin méditerranéen. Et pourtant, en Wallonie, chercheurs, agriculteurs, meuniers et transformateurs se mobilisent aujourd’hui pour en faire une culture locale. Derrière ce projet, une ambition simple et structurante : relocaliser toute une filière alimentaire, de la parcelle à l’assiette.

Un enjeu bien plus large qu’une simple culture 

Pourquoi s’intéresser au blé dur en Wallonie ? Parce que derrière cette céréale se cache un aliment du quotidien : les pâtes. Et parce que leur matière première est, aujourd’hui encore, largement importée. 

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« Le blé dur est l’ingrédient unique qui compose les pâtes alimentaires », rappelle un des porteurs du projet. En d’autres termes, relocaliser le blé dur, c’est toucher directement à un produit consommé par des milliers de ménages chaque jour. 

Mais les enjeux dépassent largement l’alimentation. Le changement climatique bouleverse les équilibres agricoles : dans certaines régions du sud de l’Europe, des conditions trop sèches ont récemment conduit à des rendements médiocres. Dans le même temps, certaines cultures trouvent progressivement leur place sous des latitudes plus tempérées. 

« Le blé dur, qui affectionne un climat plus tempéré, commence à se plaire sous nos latitudes. » 

Dans ce contexte, la relocalisation apparaît comme une réponse à la fois : 

  • agronomique, en diversifiant les cultures ; 

  • économique, en créant de la valeur sur le territoire ; 

  • et sociétale, en réduisant la dépendance aux importations. 

Une filière construite dès le départ, de bout en bout 

Ce qui distingue ce projet, porté par Biowallonie, c’est son approche résolument collective. Ici, pas de démarche isolée : tous les maillons de la chaîne ont été réunis dès le départ. 

Recherche variétale, production agricole, mouture en semoule et fabrication de pâtes : chaque acteur a été impliqué pour construire une cohérence globale. 

« On peut donc parler de filière : les acteurs échangent en direct les uns avec les autres et tiennent compte des contraintes propres à chacun. » 

Autour de la table : 

  • des chercheurs (CPL Végémar), 

  • une semoulerie (Moulin de Tongrinne), 

  • une fabricante de pâtes (Goffard Sisters), 

  • et des structures d’accompagnement et de coordination. 

Un choix stratégique. « Pour que l’ensemble des parties prenantes aient conscience des besoins et des limites de chacun. » 
Résultat : un dialogue direct qui permet, par exemple, de travailler sur des prix viables et des relations commerciales durables. 

Tester, expérimenter, comprendre : la base d’une filière 

La question de départ était simple, mais essentielle : peut-on produire et transformer du blé dur bio en Wallonie ? 

Pour y répondre, le projet s’est appuyé sur une démarche très concrète : 

  • tests agronomiques (plus de 15 variétés sur plusieurs sites), 

  • essais de mouture (sur cylindres et meule de pierre), 

  • essais de fabrication de pâtes (pastification). 

Un travail de fond, rendu possible grâce au soutien public (ce projet étant financé par l’Union européenne – NextGenerationEU dans le cadre du Plan National pour la Reprise et la Résilience, du Plan de Relance de la Wallonie et de Food Wallonia). 

« L’ensemble des avancées (…) ont nécessité l’intervention coordonnée de nombreux experts. » 

Sans ces financements, difficile d’absorber : 

  • les coûts d’essais, 

  • le temps de recherche, 

  • la coordination, 

  • et la communication des résultats. 

Repartir de zéro… ou presque 

Le projet ne partait pas d’une page totalement blanche. Des essais avaient déjà été menés, mais sans permettre d’évaluer la faisabilité d’une filière complète. Le principal manque ? Une vision globale. 

« La transformation primaire en semoule à échelle artisanale ne nous permettait pas de nous positionner sur la faisabilité d’une telle filière. » 

En d’autres termes : sans l’ensemble des maillons, impossible de trancher. Aujourd’hui, ce verrou est levé. 

Une filière bio aux atouts bien identifiés 

Du côté du bio, les signaux sont plutôt favorables. La demande existe. 

« Le réseau de commercialisation de produits bio est en recherche de produits bio ET locaux. » 

Autrement dit, des pâtes bio issues de blé dur wallon répondent à une double attente : 

  • qualité sanitaire (sans pesticides), 

  • ancrage territorial. 

Des défis subsistent toutefois, notamment sur certains paramètres techniques comme le taux de protéines, crucial pour la qualité des pâtes. Mais globalement, le bio n’est pas un frein — au contraire. 

Des résultats encourageants… mais un défi économique 

essais-varietaux.pngAprès plusieurs années de tests, le verdict est clair : c’est tout à fait faisable ! 

« Nous savons désormais que c’est agronomiquement et techniquement faisable. » 

Le projet a permis : 

  • d’identifier des variétés adaptées, 

  • de produire des semoules de qualité, 

  • de fabriquer des pâtes répondant aux attentes. 

Mais un point de vigilance majeur demeure : la concurrence des produits importés, souvent très compétitive sur les prix. 

Pour y faire face, la filière devra se structurer collectivement : 

  • en nouant des partenariats solides, 

  • en maîtrisant ses coûts, 

  • en valorisant ses spécificités. 

Une démonstration concrète de relocalisation 

Ce projet dépasse le seul cas du blé dur. Il montre qu’en Wallonie, il est possible de reconstruire des filières alimentaires complètes. 

« La communication entre les différents acteurs est essentielle à la réussite d’une filière. » 

En maîtrisant l’ensemble des maillons, les acteurs peuvent aussi mieux expliquer au consommateur : 

  • d’où vient le produit, 

  • comment il est fabriqué, 

  • et quels bénéfices il génère pour le territoire. 

Le chiffre à retenir 

15 variétés de blé dur testées 

Plus de quinze variétés ont été mises à l’épreuve dans différents contextes wallons. 
Un chiffre qui illustre l’ampleur du travail de recherche nécessaire pour adapter une culture à un nouveau territoire — et poser les bases d’une filière durable. 

Vers des pâtes 100 % wallonnes ? 

La suite dépendra désormais du marché. 

Pour que la filière se développe durablement, il faudra : 

  • une demande stable des consommateurs, 

  • une taille critique suffisante, 

  • et la poursuite des efforts de sélection variétale. 

Mais au-delà des chiffres, le projet envoie un signal fort. 

« Dans un contexte géopolitique incertain (…) la relocalisation des filières est vitale pour décroître notre vulnérabilité alimentaire. » 

Produire du blé dur en Wallonie, ce n’est pas seulement produire des pâtes locales. C’est, plus largement, reprendre la main sur une partie de notre alimentation. 

Je découvre ce projet en vidéo !

En savoir plus sur le projet

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