Performance du système de santé belge : publication du rapport KCE
Les soins de santé représentent un secteur d'activité économique important, ayant un impact significatif sur l'environnement. Afin de comprendre l'état de soutenabilité du point de vue environnemental du système des soins de santé belge, le Centre Fédéral d'Expertise de Soins de Santé (KCE) a réalisé une première évaluation de celle-ci. Découvrez les résultats !Le secteur des soins de santé, un acteur incontournable de la transition environnementale
Les études et rapports récents l'ont déjà démontré, les établissements de soins ont un impact significatif sur l'environnement (consommation d'énergie, génération de déchets, utilisation de médicaments, …).
Un système de soins de santé durable et à l'empreinte carbone neutre figure d'ailleurs parmi les objectifs du troisième plan national environnement et santé (National and Environnemental Health Action Plan ou NEHAP) élaboré en 2023 par la Belgique.
En avril 2026, le Centre Fédéral d'Expertise des Soins de Santé (KCE) a publié un rapport : la première évaluation systématique de la « soutenabilité environnementale du système de santé belge ». Pour les établissements engagés dans une démarche de transition, ce document constitue à la fois un état des lieux et un signal d'alerte de l'impact du système de santé sur l'environnement et notamment sur le changement climatique. Il mérite d'être lu — ou à tout le moins, connu dans ses grandes lignes.
Méthodologie, indicateurs et limites du Rapport
Le KCE a développé un cadre d'évaluation, structuré autour de 17 indicateurs regroupés en 7 thèmes : l'empreinte environnementale globale, les émissions atmosphériques, la gestion des bâtiments et énergétique, les produits médicaux à haute empreinte carbone, l'alimentation durable, la gestion des déchets et l'économie circulaire, et enfin la gestion des eaux.
Ces indicateurs ont été sélectionnés avec l'aide d'experts externes, sur la base de la littérature scientifique et des données disponibles — belges et internationales.
Il faut d'emblée souligner une limite importante que le rapport lui-même reconnaît clairement : « une grande partie des données sont estimées indirectement », via des modèles économiques, et non mesurées directement sur le terrain. Les résultats doivent donc être interprétés avec prudence. Cela ne les rend pas sans valeur — les tendances qui se dégagent sont suffisamment cohérentes pour mériter attention — mais cela souligne aussi l'urgence de mettre en place une collecte de données de terrain plus systématique.
La Wallonie dans le rouge : un constat préoccupant sur les émissions, l'énergie et les transports
Le constat global pour la Belgique est déjà préoccupant : sur les seize indicateurs évalués, huit affichent un score négatif, un seul est positif, et sept ne peuvent pas être notés faute de données de référence suffisantes.
Mais c'est la Wallonie qui retient particulièrement l'attention. Pour l'ensemble des indicateurs relatifs aux émissions atmosphériques directes, la région affiche des résultats systématiquement plus défavorables que la Flandre et Bruxelles — parfois du simple au double :
- Émissions directes de gaz à effet de serre: 153,5 kg CO₂ eq/habitant en Wallonie, contre 80,5 kg en Flandre et 76,2 kg à Bruxelles (données 2023).
- Émissions de particules fines (PM2,5) : près de 13 g/habitant en Wallonie, contre 4,5 g en Flandre et 4,6 g à Bruxelles (données 2023).
- Gaz acidifiants : 184,3 g SO₂ eq/habitant en Wallonie, contre 72,6 g en Flandre et 62,6 g à Bruxelles.
- Précurseurs de l'ozone : 350,5 g COVNM eq/habitant en Wallonie, contre 155,6 g en Flandre et 123,6 g à Bruxelles.
- Consommation d'énergies fossiles : 2 GJ/habitant en Wallonie, contre environ 1 GJ en Flandre et à Bruxelles.
Le rapport formule des hypothèses pour expliquer ces écarts — distances plus longues, recours plus fréquent au mazout pour le chauffage — mais souligne que des analyses plus approfondies sont nécessaires. Quoi qu'il en soit, ces chiffres placent les établissements wallons face à une responsabilité particulière.
Ce que cela signifie pour les établissements de santé en Wallonie
Le rapport du KCE met en lumière plusieurs leviers environnementaux majeurs pour le secteur belge des soins de santé, ainsi que des déséquilibres régionaux importants, en particulier au détriment de la Wallonie.
Sur le plan énergétique, la Belgique se distingue par une consommation de combustibles fossiles nettement supérieure à la moyenne européenne dans le secteur des soins, principalement pour le chauffage des bâtiments et les transports. L’expérience flamande montre toutefois qu’une action structurée est possible : la généralisation des audits énergétiques gratuits via le fonds VIPA a permis à une large majorité des hôpitaux flamands d’identifier des mesures concrètes et directement actionnables. L’absence d’un dispositif équivalent en Wallonie apparaît dès lors comme une opportunité manquée, mais aussi comme un levier immédiat à activer.
La gestion des déchets constitue un autre constat marquant. En Flandre, les volumes de déchets produits par les établissements de soins sont désormais documentés, révélant des écarts significatifs entre types d’établissements, notamment une production beaucoup plus élevée par lit dans les hôpitaux que dans les maisons de repos. En Wallonie, en revanche, l’absence de données empêche toute analyse sérieuse, toute comparaison et toute trajectoire d’amélioration mesurable.
Cette même lacune se retrouve dans le domaine de l’alimentation et du gaspillage alimentaire, alors même que la restauration collective en établissements de soins représente une part importante de l’empreinte environnementale du secteur. Là où la Flandre peut déjà chiffrer les déchets alimentaires générés, la Wallonie reste sans indicateurs, malgré l’existence de leviers d’action simples et peu coûteux.
Le rapport identifie également des points d’attention très concrets dans les pratiques médicales. Les gaz anesthésiants, dont l’impact climatique en Belgique dépasse largement la moyenne européenne, constituent un levier d’action prioritaire, d’autant plus que des évolutions réglementaires européennes imposent déjà des changements de pratiques. À l’inverse, le cas des inhalateurs montre que certaines pratiques belges sont relativement avancées, tout en soulignant des limites structurelles liées à l’offre du marché.
Au-delà de ces postes spécifiques, le KCE rappelle un principe fondamental : éviter les soins inutiles est en soi une action environnementale. La prévention, l’adéquation des soins et la réduction des hospitalisations évitables ne relèvent pas seulement de la qualité ou de l’efficience, mais participent directement à la réduction de l’empreinte environnementale du système de santé.
Enfin, un enseignement transversal s’impose : le manque de données environnementales en Wallonie est un problème structurel. Sans mesure harmonisée, il est impossible de piloter une transition crédible. C’est pourquoi le KCE recommande explicitement de renforcer la collecte de données, d’intégrer la soutenabilité environnementale dans une vision globale de la performance des soins et de transformer les signaux d’alerte identifiés en actions concrètes au niveau des établissements.
Source : KCE Report 419B — « Performance du système de santé belge : un premier pas vers l'évaluation de la soutenabilité environnementale » — Synthèse, avril 2026. Auteurs : Sophie Gerkens, Carl Devos, Helena Van Deynse, Nicolas Bouckaert.
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