Quand le blé dur prend racine en Wallonie
Une nouvelle filière se construit pour relocaliser nos pâtes de demain Les pâtes font partie des aliments les plus consommés en Europe. Pourtant, le blé dur qui les compose est encore largement produit loin de nos frontières. En Wallonie, un projet – porté par le Centre wallon de recherches agronomiques, aux côtés de plusieurs partenaires (Moulin du Val-Dieu, Land, Farm & Men, SCAM, CARAH, CPL VEGEMAR et CePICOP) – et soutenu par la Wallonie et l'Union européenne, a choisi de s’attaquer à ce paradoxe en explorant une question simple : et si le blé dur pouvait aussi devenir une culture wallonne ?Pendant trois ans, chercheurs, agriculteurs, coopératives, transformateurs et distributeurs ont uni leurs forces pour poser les bases d’une nouvelle filière alimentaire locale. Un pari ambitieux qui porte aujourd’hui ses premiers fruits.
Une céréale venue du Sud qui trouve sa place chez nous
Traditionnellement, le blé dur est cultivé dans les régions méditerranéennes. C’est lui qui sert à fabriquer les pâtes alimentaires, la semoule ou encore le couscous. Longtemps considéré comme peu adapté à nos conditions climatiques, il attire pourtant désormais l’attention des acteurs wallons.
Deux évolutions changent la donne : le déplacement progressif des zones de production sous l’effet du changement climatique et l’apparition de variétés plus tolérantes au froid. Ces avancées ouvrent de nouvelles perspectives pour les agriculteurs wallons.
Au-delà de la simple innovation agricole, le blé dur représente un véritable enjeu de souveraineté alimentaire. Aujourd’hui encore, la Wallonie dépend largement des importations pour approvisionner les filières de transformation utilisant cette céréale.
Partir d’une page presque blanche
Lorsque le projet démarre, le constat est clair : il n’existe pratiquement pas de filière blé dur structurée en Wallonie. Les références agronomiques sont limitées, les débouchés restent incertains et les acteurs manquent de données fiables pour prendre des décisions.
Les agriculteurs s’interrogent sur les rendements et la qualité des récoltes. Les transformateurs craignent de ne pas disposer de volumes suffisants ou d’un grain répondant à leurs exigences. Quant aux consommateurs, ils connaissent encore peu cette production locale potentielle.
Face à ces nombreux freins, il fallait construire simultanément l’offre et la demande. Car une filière ne peut exister durablement que si tous les maillons avancent ensemble.
Du champ jusqu’à l’assiette
Pour relever ce défi, le projet a mobilisé l’ensemble de la chaîne de valeur : recherche, production agricole, collecte, transformation, distribution et structuration des filières.
Quatre axes de travail ont été développés :
- des études de marché auprès des professionnels et des consommateurs ;
- des essais agronomiques en conditions réelles ;
- une évaluation environnementale de la culture ;
- un important travail de communication et de diffusion des résultats.
Au total, plus de trente variétés de blé dur ont été évaluées sur trois années grâce à des réseaux d’essais implantés sur plusieurs sites en Wallonie. Les chercheurs ont étudié les rendements, le comportement des cultures, les besoins en fertilisation et les caractéristiques technologiques du grain.
Les analyses réalisées en laboratoire ont également permis de vérifier que le blé produit localement répond aux critères nécessaires pour être transformé en alimentation humaine.
Des résultats qui changent la donne
La principale conclusion du projet est sans ambiguïté : oui, le blé dur peut être cultivé en Wallonie.
Les travaux ont permis :
- d’identifier des variétés adaptées aux conditions wallonnes ;
- d’établir les premières références agronomiques pour la conduite de la culture ;
- de définir des recommandations en matière de fertilisation ;
- de valider la qualité du grain pour la transformation alimentaire ;
- de publier les premières recommandations variétales destinées aux producteurs.
Pour la première fois, des variétés de blé dur peuvent ainsi être officiellement recommandées aux agriculteurs wallons, tant en agriculture conventionnelle qu’en agriculture biologique.
Ces nouvelles connaissances réduisent fortement les risques liés à l’introduction de cette culture et offrent aux producteurs des repères concrets pour prendre leurs décisions.
Une filière qui entre dans une nouvelle phase
Au-delà des résultats techniques, le projet a surtout permis de réunir et de mobiliser les acteurs d’une future filière. Les échanges menés entre producteurs, collecteurs, transformateurs et distributeurs ont permis d’identifier les conditions nécessaires à son développement.
Cette dynamique se traduit déjà par la mise en place de contrats de production. La SCAM travaille ainsi à produire un volume de 1 000 tonnes de blé dur d’ici la récolte 2027, soit environ 120 hectares cultivés.
L’enjeu n’est désormais plus principalement technique. Il est économique et organisationnel. Pour franchir une nouvelle étape, la filière devra sécuriser des volumes suffisants, développer des contrats durables et continuer à sensibiliser le marché à la valeur ajoutée d’un blé dur produit localement.
Une nouvelle voie pour la souveraineté alimentaire
En démontrant la faisabilité de la culture du blé dur et en posant les bases d’une filière régionale, le projet ouvre une nouvelle perspective pour l’agriculture wallonne.
Culture de diversification, piste d’adaptation au changement climatique et levier de souveraineté alimentaire, le blé dur pourrait demain contribuer à rapprocher encore un peu plus la production agricole wallonne des produits que nous consommons au quotidien.
Et peut-être qu’un jour, derrière un paquet de pâtes fabriqué en Wallonie, se trouvera aussi un champ de blé dur cultivé en Wallonie.
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