Semences et plants de chez nous : relocaliser l’alimentation dès la première graine
À Courrière, Semailles et Biortus cultivent bien plus que des graines et des plants maraîchers bio. Sur un nouveau site pensé pour maîtriser toutes les étapes de production, le projet « Semences et plants de chez nous » remet au cœur de la relocalisation alimentaire un maillon souvent invisible : celui des semences, sans lesquelles aucune filière nourricière ne peut vraiment s’ancrer dans un territoire.À première vue, le site de Courrière ressemble à un lieu de production comme un autre : des serres, un bâtiment récent, des machines, des sachets qui s’alignent, des gestes précis. Mais en y regardant de plus près, on comprend vite qu’ici, tout commence avant le légume, avant le maraîchage, avant même le potager. Tout commence par la semence.
C’est ce qui fait la force du projet porté par Semailles et Biortus : agir à l’amont de la chaîne alimentaire. Là où la relocalisation évoque souvent les producteurs, les circuits courts ou les points de vente, ce projet rappelle une évidence parfois oubliée : pour produire localement, encore faut-il disposer de semences et de plants adaptés au territoire.
Le site rassemble aujourd’hui deux activités complémentaires. D’un côté, la production de semences reproductibles, locales, destinées à être ressemées d’année en année. De l’autre, la production de plants maraîchers biologiques, proposés aux professionnels comme aux jardiniers amateurs. Deux étapes différentes, mais une même logique : redonner de l’autonomie au système alimentaire wallon.
Un patrimoine vivant à préserver
Lorsque Semailles voit le jour en 2000, le constat est déjà préoccupant : une partie de la biodiversité légumière régionale est en train de disparaître. Des variétés patiemment sélectionnées au fil des années par des maraîchers, des jardiniers et des passionnés risquent de s’effacer, au profit d’une offre plus standardisée.
Préserver ces variétés, ce n’est pas seulement conserver des noms ou des formes anciennes. C’est maintenir un patrimoine vivant, adapté aux conditions de culture locales, porteur de diversité dans les champs, dans les serres et jusque dans les assiettes. C’est aussi défendre une autre manière de produire des semences : des semences reproductibles, multipliées localement, que l’on peut réutiliser plutôt que remplacer chaque année.
Ce choix prend tout son sens dans un contexte où le marché mondial de la semence est largement dominé par quelques grands acteurs industriels. À côté de cette concentration, des initiatives comme Semailles défendent une approche plus territoriale, plus diversifiée et plus résiliente.
Des plants bio pensés pour les conditions de chez nous
Le même raisonnement vaut pour les plants maraîchers. En Wallonie, l’offre existe, mais elle repose encore souvent sur des plants produits hors de nos frontières, dans des conditions climatiques parfois très éloignées de celles que rencontreront ensuite les maraîchers ou les jardiniers. Serres chauffées, éclairage artificiel, rythmes de croissance accélérés : au moment du repiquage, l’adaptation peut être rude.
À Courrière, Biortus prend le parti inverse. Les plants sont produits localement, en bio, dans des serres maintenues hors gel, sans chauffage permanent. Ils poussent parfois un peu plus lentement en début de saison, mais dans des conditions plus proches de celles du territoire où ils seront ensuite cultivés. Pour les professionnels, c’est une manière de disposer de plants mieux adaptés à leur réalité de terrain. Pour les citoyens, c’est l’occasion de retrouver, via les jardineries, une offre plus riche et plus singulière.
Car derrière un plant de tomate, de courgette ou de piment, il peut y avoir bien plus qu’une catégorie générique. Il peut y avoir une variété, une histoire, un ancrage local. Là où l’offre standardisée propose souvent « une tomate rouge » ou « une tomate cerise », le projet permet de remettre en avant la diversité du patrimoine légumier wallon.
Un outil complet, de la culture à l’expédition
Le financement public wallon et européen a joué ici un rôle d’accélérateur. Il a permis d’acquérir le terrain, de construire un bâtiment adapté, d’installer les serres et de mettre en production le reste du site. Sans ce soutien, le projet aurait sans doute avancé, mais beaucoup plus lentement. Grâce à l’appel à projets dédié à la relocalisation de l’alimentation en Wallonie, plusieurs années ont été gagnées dans la mise en place d’un outil local de production de semences et de plants maraîchers bio.
Concrètement, le site permet aujourd’hui de maîtriser une grande partie de la chaîne. Les semences y sont produites, récoltées, séchées, extraites, nettoyées puis testées pour vérifier leur capacité de germination. Une fois les lots validés, elles sont conditionnées sur place : les sachets sont imprimés, remplis grâce à différentes machines, stockés, préparés puis expédiés vers les clients.
Cette maîtrise des étapes n’est pas un détail technique. Elle permet de sécuriser un maillon essentiel, de réduire les dépendances extérieures et de renforcer la souveraineté alimentaire du territoire. Plus les outils de production sont proches, plus la Wallonie gagne en capacité d’agir sur son propre système alimentaire.
Relocaliser, c’est aussi recommencer par le début
Avec « Semences et plants de chez nous », la relocalisation alimentaire prend une forme très concrète : celle de serres non chauffées à l’excès, de machines de conditionnement, de tests de germination, de variétés locales remises en circulation et de plants destinés aux maraîchers comme aux potagers familiaux.
Le projet montre que relocaliser l’alimentation ne consiste pas seulement à rapprocher le consommateur du produit fini. C’est aussi reconstruire, étape par étape, les conditions qui permettent à une filière d’exister durablement sur un territoire. Et parfois, cela commence par un geste simple, presque invisible : produire ici la graine qui donnera demain les légumes de chez nous.
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