Le mobilier dans les marchés publics responsables : inspirations et bonnes pratiques

Le mobilier dans les marchés publics responsables : inspirations et bonnes pratiques

Le mobilier dans les marchés publics responsables : inspirations et bonnes pratiques

Le mobilier de bureau génère des impacts environnementaux et sociaux significatifs tout au long de son cycle de vie, de la production des matériaux à la fin de vie des équipements. Face à ces enjeux, nous vous proposons un tour d’horizon des leviers concrets pour des achats publics plus responsables : recours à des labels, développement du réemploi et intégration de critères environnementaux et sociaux. À travers des exemples inspirants en Wallonie, à Bruxelles et en Europe, il met en lumière des initiatives qui contribuent à prolonger la durée de vie du mobilier et à renforcer la circularité dans les marchés publics.

Les impacts du mobilier

Impacts environnementaux

La production de mobilier génère des impacts environnementaux significatifs à chaque étape de son cycle de vie. La fabrication des matières premières (bois, acier, plastiques, mousses) est énergivore et émettrice de CO₂. La transformation et le traitement des matériaux (collages, vernis, ignifugation) mobilisent des substances chimiques dont certaines sont nocives pour les écosystèmes et la santé humaine. Le transport des meubles, qui sont le plus souvent importés, est également impactant.

En fin de vie, la majorité du mobilier de bureau collecté part en recyclage ou est incinérée : en Wallonie, en 2022, 14 % du mobilier usagé est réemployé, 22 % est recyclé et 64 % est incinéré. À cela s'ajoute la logique de renouvellement rapide de la « fast furniture » : du mobilier encore fonctionnel est remplacé lors de déménagements ou de réaménagements, générant des tonnes de déchets.

Impacts sociaux

De nombreuses chaînes d'approvisionnement du secteur mobilier sont peu transparentes. Une partie de la production est délocalisée dans des pays où les conditions de travail sont peu encadrées : salaires insuffisants, exposition aux produits chimiques sans protection adéquate, absence de droits syndicaux, etc. L'utilisation de bois tropicaux ou de matières premières issues de zones de conflit soulève par ailleurs des questions d'équité et de respect des communautés locales.

Quelles solutions ?

Deux principes complémentaires permettent de réduire ces impacts. Premièrement, en choisissant des meubles éco-conçus fabriqués à partir de matériaux plus responsables (pour l’environnement mais aussi pour les travailleurs). Pour épauler les acheteurs dans leurs choix, différents labels existent. Deuxièmement, prolonger l’utilisation (et donc la durée de vie) des meubles via des pratiques d’upcycling et de réemploi.

Les labels pour les meubles : lesquels privilégier ?

Les labels de certification apportent de la transparence à ce secteur complexe en certifiant certaines caractéristiques d’un produit. Ils permettent de guider le consommateur vers des choix plus durables, et d’inciter les producteurs à améliorer durablement leurs pratiques.

NF Environnement – Ameublement

Label français (AFNOR) garantissant des critères rigoureux sur les émissions de polluants, l'efficacité énergétique, la durabilité, le recyclage et la réduction des ressources naturelles.

FSC

Atteste que le bois est issu d'une forêt gérée de manière responsable : préservation de la biodiversité, protection des droits des travailleurs forestiers, gestion durable.

PEFC

Garantit que les produits en bois et en papier proviennent de forêts gérées durablement, avec traçabilité du bois et respect de la biodiversité.

Blue Angel

Label environnemental allemand : matériaux renouvelables/recyclés, absence de substances dangereuses (COV, métaux lourds), recyclabilité en fin de vie.

EU Ecolabel

Certifie une fabrication selon des critères environnementaux rigoureux tout au long du cycle de vie : gestion responsable des forêts, réduction des GES, énergies renouvelables.

Prolonger la durée de vie des meubles : bonnes pratiques en Wallonie et à Bruxelles

En Wallonie et à Bruxelles, plusieurs acteurs publics montrent la voie en matière de marchés publics plus responsables. Du SPW au Muséum de Mons, en passant par l’ULB, la SOWAER ou encore Kanal Centre Pompidou, des initiatives concrètes émergent pour intégrer le réemploi, renforcer les critères environnementaux et valoriser la dimension sociale dans les achats publics.

Du neuf avec du vieux : le déménagement axé réemploi du Secrétariat général du SPW

Il y a quelques mois, le Secrétariat général du SPW regroupait ses équipes, dispersées alors dans 7 bâtiments différents, dans un seul et même lieu : Cap Sud, un bâtiment de 24.000 m2 situé en plein centre de Namur.

Ce déménagement d'envergure a marqué un tournant dans la manière de gérer le mobilier. Portée par une impulsion managériale forte, la décision est claire : fini le 100% neuf, place au réemploi.

Sur les 8.400 éléments de mobilier nécessaires pour équiper les nouveaux espaces, 5.200 ont été récupérés depuis les bâtiments quittés par le Secrétariat général, soit plus de 60% des besoins couverts sans acheter du neuf. En grande majorité, les tables servant de bureaux ont dû être rachetées, les dimensions du nouveau bâtiment nécessitant des modules plus petits et facilement re-groupables en îlots ainsi que de nouveaux types de mobilier pour équiper des espaces qui n’existaient pas dans les bâtiments précédents.

Un résultat qui a d’ailleurs convaincu l’ensemble des chefs de projet impliqué dans les rénovations et aménagements des autres centres administratifs du SPW

Sur le papier, la démarche paraît tomber sous le sens. Dans la pratique, c'est un tout autre défi. Il faut que les 1.200 agents puissent travailler normalement jusqu’à la veille du déménagement et soient assis dans le nouveau bâtiment dès le premier jour de leur arrivée. Il faut cartographier avec précision ce que contiennent les 7 bâtiments, et déterminer ce qui correspond aux besoins du nouveau site. Il faut enfin obtenir un résultat visuellement cohérent et harmonieux dans les espaces de Cap Sud.

Pour en savoir plus, découvrez l'article complet la mécanique précise qui a permis de transformer un déménagement administratif ordinaire en modèle de gestion circulaire du mobilier.

Du mobilier scénographique rénové et réutilisé au Muséum régional des Sciences naturelles de Mons

Quand le Muséum régional des Sciences naturelles de Mons a entrepris la rénovation de la scénographie de son premier étage fin 2023, il aurait pu uniquement commander du mobilier entièrement neuf. Une autre voie fut choisie : rénover et réutiliser une partie du mobilier de récupération et existant, tout en imposant des exigences environnementales strictes sur les nouveaux éléments.

Un accompagnement dès la phase de préparation

Le Muséum a fait appel au Helpdesk Achat Public Responsable en amont de la rédaction du cahier des charges. Ce travail conjoint a permis d'intégrer des dimensions responsables à plusieurs niveaux du marché : de l'objet jusqu'aux spécifications techniques.

L'objet du marché lui-même intègre explicitement la dimension environnementale : « Réalisation de travaux de menuiserie relatifs à la réalisation et au placement du mobilier de scénographie sur mesure, intégrant des dimensions responsables (bois et matériaux) ... Le bois utilisé sera certifié et issu de forêts gérées durablement. »

Les spécifications techniques ont imposé le recours à des produits labellisés PEFC, FSC ou équivalent pour les panneaux en bois, ainsi que l'EU Ecolabel pour les éléments mis en peinture. Surtout, elles ont explicitement prévu de rénover certains meubles existants et/ou de les transformer pour répondre aux nouveaux usages plutôt que de les remplacer par du neuf.

Un critère d'attribution portant sur la gestion environnementale et éthique du chantier a également été ajouté, valorisé à 10 points sur 100 aux côtés du prix (60 points) et de la qualité d'organisation des équipes (30 points).

Un premier pas, et déjà des enseignements

Le poids de 10 % accordé au critère environnemental reste modeste. Pour les acheteurs qui souhaitent s'inspirer de cette démarche, il est souhaitable d’accorder un poids plus important dès lors que la dimension responsable est centrale au projet.

Au final, ce marché illustre qu'il est possible d'agir sur plusieurs leviers à la fois (réemploi, labels, critères d'attribution) même dans le cadre d'un marché de travaux classique, et sans complexité juridique particulière.

Interview Marchés publics responsables ULB et OxfamUn mobilier engagé et solidaire pour un campus durable à l'ULB

Lorsque l'Université Libre de Bruxelles (ULB) a décidé de réaménager les espaces de son Pôle Santé, elle a fait le choix d'une approche responsable : recourir à du mobilier de réemploi, fourni par Impact Furniture d'Oxfam. Le mobilier sur mesure est fabriqué à partir d’anciens plateaux de bureaux récupérés, puis transformés dans des entreprises de travail adapté en Belgique. 

Une démarche qui illustre concrètement comment un marché public peut devenir un levier permettant de remplir une double mission vers une économie circulaire et solidaire.

Premièrement, d’un point de vue environnemental : l’upcycling permet de prolonger la vie de matériaux de qualité, réduisant ainsi la production de déchets et la consommation de ressources naturelles.

Deuxièmement, d’un point de vue social, en collaborant avec des structures de l’économie sociale, ce projet crée des opportunités d’emploi pour des personnes en situation de handicap, favorisant leur inclusion et leur autonomie. Impact Furniture d’Oxfam collecte, remet en état et redistribue du mobilier de seconde main, permettant ainsi d'éviter des déchets tout en soutenant un opérateur à finalité sociale.

D’un point de vue marchés publics, l’ULB travaille de manière transversale. Une des mesures de son Plan Climat consiste à agir sur ses achats, qui se font via des marchés publics. Les deux objectifs stratégiques du Plan Climat concernant les achats visent à (1) éviter la surconsommation en sensibilisant la communauté à limiter ses achats (2) à intégrer des critères environnementaux et/ou éthiques dans les cahiers des charges des marchés publics afin d’augmenter la part de produits durables.

À ce jour, tous leurs cahiers des charges indiquent expressément l’obligation de respecter la législation nationale anti-discrimination, ainsi que les 8 conventions de base de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Pour les marchés subsidiés par les fonds européens, les clauses DNSH (Do Not Significant Harm) relatives aux impacts environnementaux sont exigées.

Concernant le petit mobilier et équipements de bureaux, le nombre de modèles proposés a été volontairement limité dans le nouveau marché, avec la mise en place de solutions pour se meubler en seconde main via un fournisseur officiel. L’ULB a donc conclu un contrat-cadre avec différentes sociétés de mobilier de seconde-main ou upcyclé. Le cahier des charges pour ce contrat-cadre intégrait également un critère d’attribution relatif aux aspects sociaux d’intégration ou de réinsertion.

Ce cas illustre plusieurs bonnes pratiques transposables à d'autres pouvoirs adjudicateurs. D'abord, l'intégration de clauses sociales et environnementales dès la conception du marché, en cohérence avec les objectifs de développement durable de l'institution. Ensuite, la collaboration avec des opérateurs d'économie sociale spécialisés dans le réemploi, capables de répondre à des marchés publics de qualité.

Découvrez une vidéo du résultat de ce marché ! 

La SOWAER et le Kanal Centre Pompidou montrent l’exemple

La SOWAER (Société Wallonne des Aéroports) a, de son côté, lancé en 2025 un marché d'assistance à l'aménagement de ses nouveaux locaux imposant de manière explicite une part de mobilier de seconde main ou recyclé. Les offres comportant plus de 40 % de mobilier neuf étaient d'emblée écartées de la procédure. Le critère d’attribution précise que la SOWAER souhaite privilégier par ordre de préférence l’usage de mobilier de réemploi, l’usage de mobilier contenant des matériaux recyclés, l’usage de mobilier neuf afin de réduire l'impact environnemental et de favoriser une approche plus durable du projet

La Fondation Kanal, qui gère le nouveau pôle culturel bruxellois installé dans l'ancien garage Citroën, a lancé un accord-cadre dédié à l'acquisition de mobilier de réemploi pour équiper ses espaces de travail, en commun avec le CIVA (Centre d'Information sur la Ville, l'Architecture et le Paysage de la Région bruxelloise). Le marché porte sur l'ensemble des sièges et du mobilier de bureau des nouveaux bâtiments, soit une liste présumée d'environ 220 pièces allant des fauteuils ergonomiques aux canapés, en passant par des chaises de réunion et des benchs. Passé par procédure négociée sans publication préalable, l'accord-cadre est attribué aux trois offres les plus avantageuses sur la base du meilleur rapport qualité/prix. Les critères d'attribution sont structurés comme à l'ULB : 85 points pour la qualité, dont 35 pour la capacité logistique et de collaboration, 30 pour la qualité du mobilier et sa méthode de remise en état, 10 pour les aspects sociaux et d'inclusion et 15 points pour la politique tarifaire. Le CSC prévoit notamment la possibilité pour les adjudicataires de notifier spontanément de nouveaux arrivages, ce qui favorise une relation collaborative et réactive avec les fournisseurs de réemploi.

Un témoignage d’entreprises : Relieve Furniture et Regglo

 

Images : 1 & 2 Relieve Furniture, 3 Regglo

Dans le cadre de la préparation de cette newsletter, nous avons pris contact avec plusieurs entreprises spécialisées dans le réemploi de mobilier de bureau actives en Belgique. Les retours de Relieve Furniture et de Regglo confirment une tendance claire : les pouvoirs publics commencent à franchir le pas.

Relieve Furniture

Spécialisé dans la revente et la gestion circulaire du mobilier de bureau. Parmi leurs références figurent l’ULB, le Kanal Centre Pompidou et l’EFP.

Regglo

Travaille à partir de panneaux récupérés localement lors de rénovations de bâtiments ou de matière revalorisée en upcycling, pour proposer des solutions de mobilier écoresponsables pour les aménagements d’espaces professionnels.

Cette augmentation du réemploi du mobilier est possible grâce à la démarche proactive des pouvoirs adjudicateurs qui ont modifié leurs marchés publics afin que le réemploi puisse y prendre une place prépondérante.

Tour d’horizon en Flandre et en Europe

La mutualisation d’une démarche circulaire au sein d’une centrale d’achat : l'exemple du Facilitair Bedrijf

Depuis 2019, le Facilitair Bedrijf, l'agence des services aux administrations flamandes, a mis en place une approche innovante pour réduire l'impact environnemental du mobilier de bureau. Plutôt que d'acheter systématiquement du neuf, l'agence a conclu deux contrats-cadres avec Nnof (Nearly New Office Facilities), spécialiste de la remise en état et de la redistribution du mobilier de bureau.

Le premier contrat-cadre couvre l'ensemble du cycle de réaménagement : inventaire du mobilier existant, étude de réagencement, collecte, remise en état et livraison. Le second repose sur un mécanisme de crédit original : les entités qui ont du mobilier excédentaire peuvent le faire collecter par Nnof en échange de crédits, réutilisables lors d'achats ultérieurs. Nnof remet en état le mobilier collecté et le redistribue à d'autres entités en quête d'une solution circulaire.

Ce système est accessible à l'ensemble des entités du gouvernement flamand ainsi qu'aux administrations locales. Les résultats sont importants : en 2021 l'utilisation des contrats-cadres a permis d'éviter plus de 308 tonnes d'équivalents CO₂, avec plus de 2 100 pièces de mobilier remises en circulation plutôt que mises au rebut.

Ce cas illustre comment la mutualisation d'une démarche circulaire au niveau d'une centrale d'achat peut transformer en profondeur les pratiques d'une administration.

Pour en savoir plus, lire l'article détaillé ci-dessous.

L'Europe montre la voie : ProCirc et CEO, deux projets Interreg pour accélérer le mobilier circulaire dans les administrations publiques

Deux projets européens financés par le programme Interreg North Sea ont posé les bases d'une transition vers des pratiques d'achat public plus circulaires: ProCirc (2019-2023) et son successeur CEO – Circular Economy Office (2023-2026).

Les projets européens ProCirc (2019-2023) et CEO – Circular Economy Office (2023-2026), financés par Interreg North Sea, ont posé des bases concrètes pour des achats publics plus circulaires. ProCirc a permis de tester plus de 30 projets pilotes dans divers secteurs, dont plusieurs dédiés au mobilier de bureau. Ces expérimentations ont montré comment intégrer le réemploi, allonger la durée de vie des produits et réduire les déchets et les émissions de CO₂. En Belgique, le projet du Facilitair Bedrijf a notamment ouvert la voie à des contrats-cadres de remise à neuf du mobilier. D’autres initiatives en Europe illustrent aussi l’intégration de matériaux recyclés, de services de réparation ou de mobilier de seconde main.

Dans la continuité, le projet CEO vise à passer à l’échelle en structurant une approche systémique du mobilier circulaire, en mobilisant 13 partenaires européens. Il s’attaque aux freins persistants comme le manque d’infrastructures ou l’offre encore limitée. Parallèlement, les critères européens de Green Public Procurement offrent un cadre concret pour intégrer durabilité, réparabilité et réemploi dans les marchés publics. Ensemble, ces initiatives montrent que le mobilier circulaire devient un levier stratégique pour des achats publics durables et innovants.

Pour en savoir plus, consultez les documents détaillés ci-dessous.

Bonnes pratiques – Europe – Mobilier (BP Europe- Newsletter_APR_Juin2026 - Copie.pdf)
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Bonnes pratiques – Flandre – Mobilier (BP Flandres- Newsletter_APR_Juin2026.pdf)
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Bonnes pratiques – SPW – Mobilier (BP SPW SG - Newsletter_APR_Juin2026 - - Copie.pdf)
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