7e édition du Rendez-vous des acteurs de la commande publique responsable
7e édition du Rendez-vous des acteurs de la commande publique responsable
Le 10 mars 2026 à Liège, plus de 200 personnes se sont réunies à l’occasion de la 7e édition du Rendez-vous des acteurs de la commande publique responsable organisée par le Service public de Wallonie. Cette année, les échanges entre acheteurs publics et entreprises se sont articulés autour d’un enjeu central : passer du « moins disant » au « mieux disant » dans la commande publique.
Objectifs de cette rencontre
Organisée dans le cadre du Réseau de la commande publique responsable, cette journée avait pour ambition de réunir acheteurs publics et entreprises autour d’un même objectif : faire de la commande publique un levier concret de transition durable et une véritable opportunité pour les entreprises wallonnes.
Les acheteurs publics y ont puisé de nouvelles sources d’inspiration pour intégrer des démarches responsables à chaque étape de leurs pratiques d’achat, tant en amont de la procédure que dans la construction des cahiers des charges, à travers l’introduction de critères qualitatifs et durables favorisant une commande publique qui dépasse le seul critère du prix. Ils ont également pu dialoguer avec des entreprises wallonnes pour mieux comprendre leurs réalités et identifier les obstacles qui freinent leur accès aux marchés publics, dans le but de favoriser une participation plus inclusive.
De leur côté, les entreprises ont exploré le potentiel des marchés publics et les moyens de renforcer leur participation à la commande publique wallonne. Elles ont également eu l’occasion de présenter la valeur ajoutée de leurs offres lors d’un speedmeeting entre acheteurs et entreprises – un moment privilégié pour mieux cerner les attentes des administrations et nouer des contacts directs et constructifs.
Une séance plénière en cinq temps
Stratégie de la commande publique responsable
La journée s’est ouverte par les interventions du Cabinet du Ministre-Président de la Wallonie, Monsieur Adrien Dolimont, représenté par Monsieur Adrien Grabarski, ainsi que du Cabinet de la Ministre Cécile Neven, représentée par Monsieur Samuel Saelens. Tous deux ont souligné le rôle stratégique de la commande publique ainsi que les actions concrètes mises en œuvre dans le cadre de la Stratégie wallonne de la commande publique responsable :
Poids de la commande publique : les analyses de l’Observatoire de la commande publique wallonne montrent que la commande publique représente entre 13 et 14 milliards d’euros en Wallonie. Ces données illustrent non seulement son importance stratégique, mais aussi les opportunités concrètes qu’elle offre aux entreprises.
Rôle des entreprises – innover, transformer et saisir les opportunités : les entreprises contribuent à la transition durable en innovant, en développant des solutions circulaires et en renforçant l’inclusion. La commande publique représente pour elles une réelle opportunité de valoriser ces démarches et d’accéder à de nouveaux marchés.
Rôle des acheteurs – traduire les ambitions en pratiques concrètes : les acheteurs publics jouent un rôle clé en intégrant les ambitions durables dans les marchés, dès la définition du besoin et jusqu’aux critères des cahiers des charges. Leur montée en compétences permet d’orienter les achats vers des solutions plus responsables et innovantes. Ils sont ainsi des acteurs essentiels de la transformation de la commande publique.
Leviers et outils au service des acheteurs et des entreprises pour des achats publics responsables
Par la suite, l’objectif était d’entrer dans le cœur du sujet en présentant aux participants l’ensemble des outils développés par le Service public de Wallonie pour accompagner, d’une part, les acheteurs dans la mise en œuvre d’une commande publique responsable et, d’autre part, soutenir les entreprises wallonnes dans l’optimisation de leur participation aux marchés publics.
Dans cette perspective, Madame Séverine Voisin du Service public de Wallonie a notamment présenté les principaux leviers suivants :
Réseau de la commande publique : pour encourager les échanges entre pairs ainsi qu’entre acheteurs publics et entreprises, le Réseau de la commande publique constitue l’espace de référence. Sa dynamique ne cesse de se renforcer : aujourd’hui, près de 900 acteurs issus des secteurs public et privé en font partie afin de s’informer, de se former et d’échanger. Il s’agit du meilleur point de départ, tant pour les acheteurs que pour les entreprises, afin d’initier une démarche responsable et de bénéficier d’un soutien solide.
Outils : pour faciliter chaque étape du processus d’achat public, différents outils ont été développé : des modèles de documents pour sécuriser et structurer vos procédures, des guides pratiques pour intégrer facilement la durabilité, des clauses types directement mobilisables dans vos cahiers des charges, et des fiches thématiques offrant une lecture rapide et opérationnelle de sujets ciblés. L’ensemble est pensé pour être simple, prêt à l’emploi et immédiatement utilisable dans vos pratiques quotidiennes.
Formations : des formations dédiées à la plateforme e-Procurement sont proposées et ont déjà permis de former près de 600 entreprises ainsi que plus de 900 représentants de pouvoirs adjudicateurs. Deux modules distincts — l’un pour les entreprises, l’autre pour les pouvoirs adjudicateurs — visent à maîtriser les bases de la plateforme, à professionnaliser son utilisation et à découvrir ses fonctionnalités récentes. En parallèle, 2 à 3 ateliers thématiques sont organisés chaque année afin d’approfondir des enjeux liés aux achats responsables et de partager des retours d’expérience concrets. Citons, notamment, l’atelier consacré à l’insertion de clauses favorisant les produits issus du commerce équitable dans les marchés publics ou encore l’atelier dédié à l’achat de textiles plus durables. De nouvelles sessions seront programmées en 2026.
Nouveautés 2026 : en 2026, un nouveau programme « Passerelle marchés publics » permettra aux entreprises de mieux comprendre les marchés publics responsables et de renforcer concrètement leur capacité à y participer. Les acheteurs bénéficieront quant à eux d’une bibliothèque en ligne de critères responsables, pensée pour faciliter et sécuriser l’intégration de la durabilité dans les cahiers des charges. Enfin, une refonte complète du Portail des marchés publics améliorera l’expérience de tous les utilisateurs grâce à une navigation plus intuitive et des contenus simplifiés.
Pour retrouver facilement toutes ces informations, ces outils et les ressources présentées aujourd’hui, il vous suffit de vous rendre sur ces deux portes d’entrée : le Portail des marchés publics et le site du Développement durable, où l’ensemble du contenu est centralisé et mis à votre disposition.
Marchés publics : bonnes pratiques pour mieux attirer et participer
Ensuite, la présentation du cabinet d’avocats Apex a mis en lumière des leviers concrets pour renforcer la participation des PME aux marchés publics wallons. Du côté des pouvoirs adjudicateurs, Maitre de Francquen a identifié plusieurs leviers à la disposition des acheteurs comme : le choix judicieux de la procédure, la prospection active des opérateurs, l’allotissement, mais aussi un frein à l’accès des PME aux marché, le cautionnement. L’attention portée à ce dernier et les différents leviers identifiés apparaissent comme des pratiques essentielles pour ouvrir davantage l’accès aux petites entreprises.
Dans une seconde partie de la présentation, Maitre de Francquen a également rappelé l’intérêt, pour les opérateurs économiques, de s’associer pour répondre ensemble aux marchés publics. Pour cela plusieurs manières de faire sont possibles : sociétés simples, consortiums ou création d’entités dédiées permettent de mutualiser capacités, expériences et risques tout en améliorant la qualité des offres. Le recours aux capacités d’autres entités et la sous‑traitance complètent ces stratégies. En filigrane, un message central : la prospection et la coopération sont des clés majeures pour une commande publique plus inclusive et plus efficace.
La commande publique responsable : pas qu'une affaire de clauses
Lors de son intervention, la SPI a rappelé que la commande publique responsable ne se limite pas à insérer des clauses dans un marché : elle implique de repenser globalement la conception des projets. À travers son approche de construction circulaire — maintien de l’existant, déconstruction sélective, réemploi, éco‑conception et documentation — la SPI a montré comment renforcer la robustesse des infrastructures et la résilience des territoires. Sa méthodologie, dite de la pelote de laine, consiste à saisir un premier fil, à tirer doucement et à avancer pas à pas, en faisant évoluer le projet progressivement : chaque action permet de dérouler un peu plus la pelote, d’éclairer l’étape suivante et de construire la circularité de manière pragmatique et continue. Cette méthode illustre une démarche systémique, soutenue par plusieurs pratiques concrètes.
De plus, Madame Degreaen, a mis en lumière cinq recommandations clés pour les donneurs d'ordre que nous pouvons résumé par : une ambition circulaire claire, une coordination dédiée dès l’amont, une organisation orientée vers la coopération, un soutien actif à la mise en œuvre et une vision sur l’ensemble du cycle de vie. L’exemple du hall omnisport démontre qu’intégrer la circularité dès la programmation — via une vision territoriale reformulée, un inventaire préalable, des missions spécifiques, des critères exigeants et un BIM structurant — permet non seulement des projets plus durables, mais aussi de nouvelles opportunités pour les entreprises locales. Un message fort : la circularité se construit dès l’origine du projet, bien au‑delà des seules clauses.
Le sourcing et le mieux-disant au service d'une commande publique responsable en droit français
Pour clôturer cette séance plénière, l’intervention de Maître Lionel Roche, avocat au sein du cabinet Aklea (France), a offert un éclairage concret sur les pratiques françaises permettant de passer du moins-disant au mieux-disant dans les marchés publics.
Il a notamment montré comment le sourcing, c’est-à-dire les consultations de marché et les échanges en amont de la rédaction du marché, permet d’identifier les solutions disponibles et les innovations, tout en mettant en évidence la règle essentielle du respect de l’égalité de traitement entre tous les opérateurs économiques.
Son intervention a montré de manière très concrète comment ces démarches structurées permettent aux acheteurs d’intégrer plus facilement des critères qualitatifs dans leurs marchés. Il a également rappelé que le critère prix peut tout à fait représenter moins de 50 % de la pondération, ouvrant ainsi la voie à l’introduction de critères sociaux et environnementaux, pour autant que ceux‑ci soient directement liés à l’objet et aux finalités du marché.
Enfin, il a souligné l’importance, pour les organisations, de disposer d’une vision stratégique en matière d’achats responsables. Il a fait le parallèle avec le SPASER (le schéma de promotion des achats socialement et écologiquement responsables), utilisé en France comme une boussole stratégique par les collectivités. Cet outil leur permet de définir une trajectoire claire, d’aligner leurs pratiques sur des objectifs sociaux et environnementaux ambitieux et d’assurer une cohérence entre leurs intentions stratégiques et la mise en œuvre opérationnelle des marchés publics.
La matinée s'est clôturée par un speedmeeting qui a réuni acheteurs publics et entreprises autour de rencontres organisées par secteurs d’activité. Réparties en villages thématiques, les entreprises ont pu présenter leurs solutions tandis que les acheteurs identifiaient de nouveaux acteurs et affinaient leur connaissance du marché. Ce moment, pensé comme un véritable espace de prospection, a permis de multiplier les échanges directs et de favoriser une meilleure compréhension mutuelle des besoins et des offres.
Des ateliers pratiques constructifs
L’après-midi, quant à elle, était consacrée à des ateliers autour d’outils concret pour renforcer la capacité des acteurs. Celle-ci s’est articulée autour de 7 ateliers dédiés :
Construction durable : maîtriser les outils GRO et TOTEM dans les marchés publics de conception et de travaux
Par Magali DEPROOST, Romain BROUHIER et Sylvie LOUTZ du Service public de Wallonie
Lors de cet atelier, la direction du Développement durable du Service public de Wallonie a eu l'occasion de présenter deux outils apportant des solutions concrètes en matière de durabilité dans les projets publics de construction et de rénovation : GRO, un référentiel de durabilité des bâtiments et TOTEM, un outil d’évaluation de la performance environnementale des bâtiments.
Ces outils ont fait l’objet d’une présentation globale, accompagnée de réactions des participants, permettant de mieux comprendre leur utilité et leur champ d’application. Les acheteurs publics ont pu voir comment ces outils peuvent guider l’intégration cohérente d’exigences durables dans les marchés de conception, tandis que les entreprises ont mieux appréhendé la manière de s’y conformer et de valoriser ces critères dans leurs offres.
Économie circulaire : intégrer des pratiques circulaires dans les marchés de services et de fournitures
Atelier animé par Camille Tielemans de Mobius
L’atelier consacré à l’économie circulaire dans les marchés publics a permis aux participants de clarifier ce que recouvre réellement un marché public circulaire et d’en comprendre les enjeux pratiques. À travers une mise en route participative, plusieurs idées reçues ont été déconstruites, ouvrant la voie à une compréhension plus fine des leviers circulaires applicables aux services et aux fournitures.
Durant l’atelier, les grands principes de l’économie circulaire — acheter moins, acheter mieux et utiliser plus longtemps — ont été exposés ainsi que la manière de les intégrer à chaque étape d’un marché, de l’analyse du besoin à l’exécution du contrat.
Optimiser sa participation aux marchés publics (1/2) en trouvant des opportunités et en les analysant efficacement
Cet atelier a été animé par Baptiste François et Emmanuel Nachez de Hainaut Développement
L’atelier avait pour objectif d’aider les participants à renforcer leur stratégie commerciale B2G — c’est‑à‑dire la vente de solutions aux pouvoirs publics — en apprenant à identifier davantage d’opportunités et à améliorer leur visibilité auprès des acheteurs.
La première partie a permis de comprendre comment adapter sa démarche commerciale selon les seuils du marché et comment optimiser sa veille passive sur e-Procurement : choix pertinents des codes CPV, utilisation combinée de mots‑clés, filtres par organisation, ainsi que mise en place d’une check‑list pour analyser rapidement un cahier des charges.
L’atelier a ensuite mis en avant les leviers d’une démarche commerciale active, en rappelant que la prospection est autorisée et constitue un outil essentiel pour se faire connaître. Les participants ont appris à analyser les avis d’attribution pour affiner leurs codes CPV, comprendre l’intensité de la concurrence, repérer des contacts utiles et anticiper les futurs besoins des pouvoirs adjudicateurs.
Les leviers qu'offrent les données marchés publics aux acheteurs et aux entreprises
Cet atelier, animé par l'Observatoire de la commande publique wallonne et son panel composé d'experts du SPF BOSA, de 3P, d'Oraz, de Sonaar et de l'Abcal, a réuni des représentants des pouvoirs publics, des fournisseurs de solutions numériques et des experts des marchés publics autour d’une question centrale : comment passer d’une obligation de reporting à un usage stratégique des données de marchés publics.
Les échanges ont mis en lumière les enjeux liés à la qualité, à la structuration et à la gouvernance des données, ainsi que leur potentiel pour améliorer les processus d’achat et la prise de décision. Les intervenants — issus notamment du SPF BOSA, de plateformes de dématérialisation, d’acteurs de la data et du conseil achats — ont partagé leurs regards complémentaires, du niveau opérationnel au niveau stratégique. L’atelier a également abordé les perspectives ouvertes par l’intelligence artificielle et l’évolution des outils numériques, au service d’achats publics plus efficaces, plus lisibles et mieux pilotés.
La table ronde s'est suivie d'une intervention de l'Inspecteur général de la Direction de la gestion mobilière du SPW sur la mise en pratique de la data au sein de ses services. Les participants étaient au rendez-vous, avec une séance de questions-réponses passionnantes pour clôturer cette séance.
Motivation des critères qualitatifs : cadre juridique, bonnes pratiques et points de vigilance
Par Aurélie Ledoux et Jordan Berny du Service public de Wallonie
Cet atelier organisé par le SPW Intérieur et Action Sociale, a permis de mettre en lumière que la motivation formelle de l’évaluation des critères d’attribution qualitatifs est essentielle, car elle participe au fondement juridique et factuel de la décision d’attribution du marché. Elle ne peut se limiter à constater la conformité ou la satisfaction des offres, mais doit expliquer sous la forme d’une évaluation descriptive les raisons pour lesquelles certaines offres répondent mieux que d’autres aux critères annoncés. Une motivation adéquate permet aux soumissionnaires de comprendre l’attribution des points ainsi que de s’assurer du sérieux de l’analyse sous-jacente, et au juge de contrôler ces éléments.
Optimiser sa participation aux marchés publics (2/2) en comprenant les critères d’attribution et les mécanismes d’évaluation
Cet atelier avait pour objectif d’aider les entreprises à mieux comprendre comment leurs offres sont analysées et comment maximiser leurs chances de passer le premier filtre : la régularité. Les participants ont découvert que seule une offre régulière — complète, conforme et signée — peut être évaluée sur les critères d’attribution. Des conseils très pratiques ont été partagés : dresser la liste des documents à fournir, lister les points problématiques éventuels, structurer les informations attendues et sécuriser la remise en ligne pour éviter toute cause d’exclusion.
La seconde partie était consacrée aux critères d’attribution et à la manière dont les acheteurs les évaluent en réalité. L’atelier a montré l’importance d’identifier ce que le pouvoir adjudicateur valorise réellement afin de l’intégrer de manière visible et argumentée dans la réponse. Les participants ont été sensibilisés au fait de rassembler et de structurer les informations pertinentes pour chaque critère et à s'aider d'une matrice de réponse. Cette approche méthodique aide à rédiger une offre plus lisible, plus ciblée et mieux alignée avec les attentes de l’acheteur.
Par Olivia Degueldre et Ludmilla Petit de la fondation Pulse
Près de 25 acheteurs et entreprises ont participé à deux ateliers d’intelligence collective visant à identifier les obstacles qui freinent encore l’accès aux marchés publics et à imaginer ensemble des pistes de solutions. Le premier défi portait sur la manière d’adapter les critères de sélection pour élargir la participation et rendre la commande publique plus accessible. Le second s’intéressait à l’équilibre entre prix et critères qualitatifs, afin d’obtenir des offres plus pertinentes tout en préservant la compétitivité des entreprises. Ces échanges ont permis de faire émerger des leviers concrets et partagés pour améliorer les pratiques des deux côtés.